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Bien choisir des croquettes : la grille WSAVA

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Dr. Vetibble
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Bien choisir des croquettes : la grille WSAVA

Photo : Haim Charbit / Unsplash

Quand un client arrive avec le sachet d'une marque qui vient de faire l'actualité pour un rappel, il n'attend pas qu'on lui donne le nom d'une marque de remplacement : il attend une méthode pour juger n'importe quelle marque, y compris celle qu'il tient déjà en rayon. Cette méthode existe, publiée par le comité nutrition de la WSAVA, et elle tient en une poignée de questions qu'on peut suggérer de poser à n'importe quel service consommateurs en moins de cinq minutes.

Pourquoi ce sujet revient sans cesse

La base publique Rappel Conso recense aujourd'hui 76 rappels dans la seule catégorie alimentation animale, tous motifs confondus : corps étrangers - verre, plastique, métal - retrouvés dans des pâtées, salmonelle ou entérobactéries dans des friandises à mâcher, et plus rarement un défaut de formulation qui ne se révèle qu'à l'usage, des semaines après l'achat. Aucun de ces motifs ne se lit sur l'emballage au moment de la vente. La liste d'ingrédients, elle, ne dit rien de la qualité réelle du produit fini : deux croquettes affichant la même liste peuvent sortir d'usines qui n'ont strictement rien en commun sur le contrôle qualité. D'où l'intérêt d'une grille qui ne porte pas sur la formule affichée, mais sur le fabricant qui la met en œuvre.

Le fabricant emploie-t-il un nutritionniste qualifié ?

La première question de la grille WSAVA n'est pas anodine : le fabricant a-t-il, en interne, un nutritionniste titulaire d'un doctorat en nutrition animale ou d'une certification de spécialiste (diplomate ACVN ou ECVCN) ? Beaucoup de marques répondent en citant un « comité scientifique » ou des « vétérinaires consultants » - ce qui n'est pas la même chose qu'un poste permanent avec autorité réelle sur la formulation. La nuance compte : un consultant ponctuel valide une recette à un instant donné, un nutritionniste en poste en assume la cohérence dans la durée, y compris quand un fournisseur change de prémix ou qu'un ingrédient devient temporairement indisponible et qu'il faut reformuler dans l'urgence.

Le saviez-vous ? Une bonne partie des rappels pour excès de vitamine D tracés ces dernières années ne viennent pas d'une erreur de recette, mais d'un prémix vitaminé mal dosé chez un sous-traitant - l'écart entre une dose adéquate et une dose toxique y est étroit, parfois un facteur dix. C'est précisément ce genre d'incident qu'un contrôle qualité tenu en interne, plutôt que délégué sans vérification, est censé intercepter avant l'expédition du lot.

Qui contrôle la qualité, du lot à l'étiquette ?

La deuxième famille de questions porte sur la traçabilité : le fabricant possède-t-il ses propres usines, ou sous-traite-t-il tout ou partie de la production ? Teste-t-il chaque lot de matière première à réception - mycotoxines, salmonelle, métaux lourds - et chaque lot fini avant expédition ? Peut-il produire un certificat d'analyse sur demande, pour un lot précis identifié par sa date de fabrication ? Une marque qui ne sait pas répondre, ou qui renvoie systématiquement vers un service commercial incapable de préciser qui teste quoi, documente en creux l'absence du contrôle qu'on cherchait justement à vérifier. On a déjà détaillé côté clinique ce que révèlent les tremblements liés aux mycotoxines : le trait commun aux dossiers qui finissent en rappel est presque toujours un contrôle réception défaillant, rarement une recette mal pensée au départ.

Faut-il exiger des essais AAFCO et une analyse nutritionnelle complète ?

Un aliment « complet et équilibré » peut l'être de deux façons : par calcul, en vérifiant que la formule couvre les profils de référence NRC 2006 ou FEDIAF, ou par essai d'alimentation selon les protocoles AAFCO, qui suit des animaux sur la ration pendant plusieurs semaines et mesure des paramètres cliniques et biologiques réels. Les deux méthodes sont admises, mais elles ne valent pas la même garantie : un calcul vérifie une formule sur le papier, un essai vérifie qu'elle se comporte bien chez l'animal, y compris sur des critères que le calcul seul ne capture pas - digestibilité, appétence, tolérance digestive sur la durée. Demander laquelle des deux méthodes a été utilisée, et sur quelle gamme de produits précisément, fait partie des questions que la grille WSAVA recommande de poser avant de recommander une marque en consultation.

Le fabricant peut-il aussi fournir, sur demande, l'analyse nutritionnelle complète du lot - et pas seulement les garanties minimales imprimées sur le sachet ? C'est ce chiffre-là, rapporté à l'énergie métabolisable réelle du produit, qui permet de recalculer une densité énergétique fiable plutôt que de se fier à une valeur affichée qui n'est parfois qu'une estimation générique reprise d'une gamme entière.

Et pour une marque vendue uniquement en clinique ?

La question mérite d'être posée à part, parce qu'une gamme distribuée en cabinet n'a pas forcément la surface d'une multinationale pour employer un nutritionniste à temps plein. Ce n'est pas rédhibitoire en soi : ce qui compte reste la traçabilité et la transparence, pas la taille de l'entreprise. Une petite structure qui sous-traite sa fabrication chez un façonnier reconnu, documente ses contrôles de lot et répond avec précision aux questions ci-dessus peut être tout aussi fiable qu'un grand groupe. À l'inverse, la taille d'une marque ne garantit rien : elle donne simplement plus de moyens de communication autour d'un incident, pas moins d'incidents.

Que répondre au client qui demande si une marque est fiable ?

En consultation, la tentation est de trancher par un nom de marque. C'est risquer une réponse déjà fausse dans six mois : une marque change de propriétaire, de sous-traitant ou de gamme sans que l'étiquette n'en dise rien. La réponse qui vieillit mieux, c'est la méthode elle-même : proposer au client de contacter lui-même le service consommateurs avec deux ou trois de ces questions, et de juger la réponse plutôt que la réputation. Une entreprise qui répond avec précision, cite un nutritionniste nommé et propose un certificat d'analyse documente une culture qualité réelle. Une réponse évasive, ou un renvoi systématique vers des arguments marketing, documente l'inverse - quel que soit le prix du sac.

Cette grille ne remplace pas le jugement clinique sur un animal donné : elle ne dit rien de la pertinence d'une gamme pour tel diagnostic précis. Elle donne simplement au client un outil qu'il peut réutiliser seul, dans le rayon, sans revenir demander un avis à chaque changement de marque ou chaque campagne de communication inquiétante sur les réseaux sociaux.

FAQ

Une marque premium est-elle automatiquement plus fiable ? Non. Le prix reflète le marketing, la gamme et le circuit de distribution autant que le contrôle qualité. Seules les réponses aux questions de la grille - nutritionniste en poste, contrôle des lots, essais ou calcul documenté - renseignent sur la fiabilité réelle du fabricant.

Faut-il se méfier d'une marque qui sous-traite sa fabrication ? Pas nécessairement : beaucoup de sous-traitants appliquent des contrôles qualité stricts et fabriquent pour plusieurs marques réputées. Ce qui compte est que l'entreprise qui appose son nom sache répondre précisément sur qui teste quoi et à quelle étape, pas le simple fait de sous-traiter.

Où trouver la liste des rappels en cours en France ? La base publique Rappel Conso recense les rappels d'aliments pour animaux avec leur motif exact, utile pour vérifier qu'un lot précis n'est pas concerné avant de rassurer un client sur une marque.

Un essai d'alimentation AAFCO suffit-il à garantir la qualité sur toute la gamme d'une marque ? Non : les essais portent en général sur un produit représentatif d'une gamme, pas sur chaque référence. Il reste légitime de demander si le produit précis recommandé a été testé sur l'animal ou seulement vérifié par calcul.

Dr. Vetibble

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